Une batterie virtuelle est un service proposé par certains fournisseurs d'électricité. Le surplus de vos panneaux solaires, injecté sur le réseau, est compté en kilowattheures, puis déduit de ce que vous consommez plus tard, le soir ou l'hiver. Rien n'est stocké : aucune batterie n'est installée chez vous. Le crédit efface la part énergie des kilowattheures récupérés, pas leur acheminement ni leurs taxes.
En France, une installation en autoconsommation qui injecte son surplus a un compteur Linky à deux index. L'un compte ce que vous soutirez du réseau, l'autre ce que vous y injectez. Le fournisseur qui porte la batterie virtuelle lit l'index d'injection, le transforme en crédit, puis l'impute sur votre facture de soutirage. Le service suppose donc un raccordement en injection du surplus et un contrat de fourniture chez ce fournisseur. Le choix entre ce service et un stockage chez soi obéit à d'autres critères : pour comparer batterie virtuelle et batterie physique, voyez le comparatif dédié.
Comment fonctionne une batterie virtuelle, étape par étape
Le mécanisme tient en cinq temps :
1. vos panneaux produisent, et le logement consomme d'abord ce dont il a besoin à cet instant ; 2. le surplus part sur le réseau public, et le compteur l'enregistre à l'index d'injection ; 3. le fournisseur convertit ces kilowattheures en crédit sur votre compte client ; 4. le soir, la nuit ou l'hiver, vous soutirez de l'électricité, enregistrée à l'index de soutirage ; 5. sur la facture, les kilowattheures soutirés sont déduits du crédit, pour leur part énergie.
Le crédit est une ligne de facture, pas une réserve d'énergie. Le portail de référence du photovoltaïque en France l'écrit : « une batterie virtuelle n'existe pas physiquement ». La source est photovoltaique.info, page « Le stockage virtuel », mise à jour du 23/09/2025. Quand vous utilisez les kilowattheures stockés, « on consomme en réalité de l'électricité du réseau ».
Le même portail précise que l'installation doit être raccordée au réseau « en injection du surplus ». Une installation en autoconsommation totale, sans injection, n'a rien à créditer.
Ce que le réseau fait de votre surplus
Le kilowattheure injecté à midi ne vous attend nulle part. Il est consommé ailleurs sur le réseau, au moment même où vos panneaux le produisent. Le kilowattheure que vous soutirez à 19h vient des moyens de production qui tournent à 19h. La batterie virtuelle relie ces deux kilowattheures par une écriture comptable.
Sur le marché de gros, ces deux kilowattheures n'ont pas la même valeur. Nous avons mesuré le prix spot horaire à partir de l'API publique Sobry, sur les prix day-ahead EPEX SPOT France du 1er janvier 2023 au 23 septembre 2026 :
| Période | Spot moyen à 14h, heure du surplus solaire | Spot moyen à 19h, heure de la restitution |
|---|---|---|
| Moyenne 2023 à 2026 | 44 €/MWh | 109 €/MWh |
| 2026, au 23 septembre | 25,5 €/MWh | 127,0 €/MWh |
Prix de marché de gros, avant acheminement, taxes et TVA. Ce ne sont pas des prix de facture.
En 2026, le kilowattheure de 19h vaut sur le marché près de cinq fois celui de 14h. Le fournisseur qui porte le crédit reçoit l'énergie à l'heure où elle vaut le moins, et vous la rend à l'heure où elle vaut le plus. Cet écart est une partie de ce que le service lui coûte, et de ce que son prix doit couvrir.
Un stockage comptable ne déplace aucune énergie dans le temps chez vous. Il ne permet donc pas de profiter soi-même du creux de midi pour couvrir la pointe du soir. Cet usage demande une batterie installée, et c'est ce que décrit la page consacrée à piloter une batterie physique sur le prix horaire.
Ce que coûte une batterie virtuelle
Le point que le mot « batterie » fait oublier : « l'électricité consommée après avoir été stockée dans la batterie virtuelle n'est pas gratuite » (photovoltaique.info). Le crédit couvre la part énergie. Le reste du prix du kilowattheure reste dû, parce que ce kilowattheure passe par le réseau et par votre compteur en soutirage.
| Composante d'un kWh restitué | Ce qu'il en advient | Valeur publique |
|---|---|---|
| Énergie | Déduite du crédit | Sans objet |
| Acheminement (TURPE), particulier, option CU4 | Dû | De 0,0139 €/kWh TTC en heures creuses d'été à 0,0899 €/kWh TTC en heures pleines d'hiver |
| Accise sur l'électricité | Due | 0,03085 €/kWh, avant TVA |
| TVA | Due | 20 % |
Tarif d'acheminement fixé par la CRE, identique quel que soit le fournisseur ; valeurs de la grille tarifaire publique Sobry en vigueur au 18 mars 2026.
Le tableau porte une conséquence pratique. Un foyer solaire puise dans son crédit surtout l'hiver, quand ses panneaux produisent peu. C'est la saison où l'acheminement est le plus cher : 0,0899 €/kWh TTC en heures pleines d'hiver, plus de six fois les 0,0139 €/kWh TTC des heures creuses d'été.
S'ajoutent ensuite les frais propres au service, variables d'une offre à l'autre :
- des frais de mise en service, payés une fois ;
- un abonnement au stockage virtuel, mensuel ou annuel, calculé selon les offres sur la puissance installée en kWc ou sur une capacité de stockage ;
- des frais par kilowattheure restitué, dans certaines offres.
Ces montants ne sont pas donnés ici. Ils changent d'une offre à l'autre, et un chiffre recopié serait faux à la prochaine révision tarifaire. Ils se lisent dans la grille de chaque fournisseur, à côté de l'abonnement d'électricité, qui reste dû en plus.
Les clauses à lire avant de signer
À abonnement égal, ce que rapporte une batterie virtuelle dépend des clauses du contrat, à lire avant de signer :
- la validité du crédit : combien de temps un kilowattheure crédité reste utilisable ;
- la remise à zéro : ce que devient le solde non consommé à la fin d'une période ;
- la capacité : si le crédit est plafonné en kilowattheures, ou illimité ;
- les frais de restitution : ce qui est facturé sur chaque kilowattheure repris, au-delà de l'acheminement et des taxes ;
- l'engagement : la durée du contrat et ce que devient le crédit en cas de départ.
La remise à zéro change la valeur du crédit. Le portail photovoltaïque le signale : « dans certaines offres, la batterie est automatiquement vidée selon des périodes définies contractuellement ». Un surplus d'été qui s'efface avant l'hiver ne sert pas à l'hiver.
Batterie virtuelle et obligation d'achat : ce qui ne se cumule pas
Un kilowattheure injecté est soit vendu, sous obligation d'achat ou à un autre acheteur, soit mis de côté sur une batterie virtuelle, jamais les deux à la fois.
Le portail photovoltaïque ajoute que faire de l'autoconsommation avec stockage virtuel ne permet de percevoir ni la prime à l'autoconsommation ni un tarif rémunéré pour le surplus. Le calcul se fait donc entre deux usages du même surplus : un revenu sur la vente, ou une déduction sur la facture.
Pour le producteur qui vend déjà son surplus, un point évite une confusion fréquente. Changer de fournisseur pour sa consommation ne touche pas au contrat de vente : le soutirage et l'injection sont deux contrats distincts, sur deux comptages séparés. Un producteur peut ainsi passer chez Sobry pour ce qu'il consomme sans perdre son tarif d'obligation d'achat.
Pour qui une batterie virtuelle a du sens
Le service a une logique pour un profil précis :
- un surplus important et régulier, que le logement ne peut pas consommer en journée ;
- une consommation décalée vers le soir ou l'hiver ;
- pas de place ou pas de budget pour du matériel ;
- aucun besoin d'électricité de secours.
Une batterie virtuelle n'alimente rien pendant une coupure : elle ne sert pas de secours. Elle ne permet pas non plus l'arbitrage sur le prix horaire, qui demande de l'énergie réellement stockée.
Le même surplus a d'autres débouchés que la batterie virtuelle. Consommer davantage à midi, en décalant chauffe-eau, lave-linge ou recharge d'un véhicule, est le plus direct. La vente du surplus est une deuxième voie. Le stockage chez soi est une troisième voie, et associer une batterie physique à des panneaux solaires se dimensionne à part. Pour l'électricité que le surplus ne couvre pas, un contrat au prix horaire rend le réseau de midi le moins cher de la journée, en moyenne 2023-2026.
FAQ : batterie virtuelle, les questions qui reviennent
Est-ce que la batterie virtuelle est rentable ?
La réponse dépend de votre surplus, de la saison où vous consommez le crédit et de la grille de l'offre. Le crédit économise la part énergie ; l'abonnement, les frais de restitution, l'acheminement et les taxes restent à payer. Posez les deux colonnes sur une année : plus le surplus crédité est faible, plus l'abonnement pèse sur chaque kilowattheure récupéré.
Quels sont les inconvénients d'une batterie virtuelle ?
La restitution paie l'acheminement et les taxes, et le service n'alimente rien pendant une coupure. Le surplus crédité n'est pas vendu, et le crédit peut expirer selon le contrat. Enfin, la fourniture d'électricité est liée à l'acteur qui porte le service.
Une batterie virtuelle fonctionne-t-elle pendant une coupure de courant ?
Non, une batterie virtuelle ne fonctionne pas pendant une coupure. Le portail photovoltaïque est explicite : « en cas de défaillance du réseau, la batterie virtuelle ne pourra en aucun cas assurer l'approvisionnement ». Sans réseau, il n'y a ni injection ni restitution.
Quel est le tarif d'un abonnement à une batterie virtuelle ?
Le tarif se compose de frais de mise en service et d'un abonnement, calculé selon les offres sur la puissance en kWc ou sur une capacité. Certaines offres y ajoutent des frais par kilowattheure restitué. Comparez les offres sur ces trois lignes, et non sur l'abonnement seul.
Faut-il changer de fournisseur d'électricité pour avoir une batterie virtuelle ?
Oui, le service suppose un contrat de fourniture chez l'acteur qui le propose, puisque le crédit se déduit de la facture de consommation.
Avant de choisir
Trois chiffres suffisent pour décider, et vous les avez déjà. Le surplus injecté sur un an se lit sur l'index d'injection du compteur ou dans l'application de votre onduleur. La consommation du soir et de l'hiver se lit sur votre courbe de charge. Les frais se lisent dans la grille de chaque offre.
La part de consommation que le surplus ne couvrira jamais est celle des soirées d'hiver. Pour savoir ce qu'elle coûterait au prix horaire, simulez votre offre Sobry, gratuitement et sans carte bancaire.


