Recharger une voiture électrique avec des panneaux solaires : l'arbitrage

Par
Jérémy Assayag
le
24 Sep 2026

11 min

Connecteur de recharge pour véhicule électrique posé au sol, éclairé par une ligne orange

Pas le temps de tout lire ? Je vous fais un récap

  • Un kilowattheure autoconsommé n'est pas gratuit : il vaut exactement le prix que vous auriez payé pour l'acheter.
  • Couvrir les 1 900 kWh annuels d'un véhicule demande de 1,4 à 2,1 kWc, selon la production de votre région.
  • La production culmine entre 11 h et 16 h, quand le véhicule est le plus souvent absent : ce sont les heures de présence qui décident, pas le dimensionnement.
  • Sous 6 A par phase, aucune charge n'est possible : un surplus inférieur à 1,4 kW en monophasé part au réseau.
  • À midi en été, autoconsommer économise environ 9,9 centimes par kilowattheure ; un soir d'hiver, près de quatre fois plus.

Oui, recharger une voiture électrique avec des panneaux solaires fonctionne, grâce à trois montages : routeur solaire, borne à mode solaire ou pilotage par box domotique. La question utile est de savoir si, à l'heure où votre voiture charge, consommer votre production vaut mieux qu'acheter au réseau. La réponse dépend de votre contrat de fourniture, et sur un contrat indexé au marché, elle change dans la journée.

Un kilowattheure autoconsommé n'est pas gratuit : il vaut exactement ce que vous auriez payé pour l'acheter. Or le soleil produit le plus au milieu de la journée, au printemps et en été. Ces heures de forte production sont précisément celles où le prix de gros est au plus bas. Cette page donne le dimensionnement chiffré que le sujet appelle, puis la contrainte que personne ne pose, puis le calcul qui départage l'autoconsommation et l'achat.

Les trois montages, et ce que chacun sait arbitrer

MontagePrincipeCe qu'il demande
Routeur solaireEnvoie le surplus vers la borne quand la production dépasse la consommation du logementUn capteur sur l'arrivée générale
Borne à mode solaireLa borne module son intensité sur la production mesuréeUne borne compatible et un compteur de production
Pilotage par box domotiqueUne règle arbitre entre le surplus, le prix du réseau et le besoin du véhiculeUne box et un accès aux deux données

Les deux premiers montages arbitrent sur un seul critère : y a-t-il un surplus. Le pilotage par box domotique arbitre sur deux critères, et c'est le seul qui peut décider d'acheter au réseau quand celui-ci est moins cher que la valeur du surplus. Le guide complet de la borne de recharge situe ces équipements parmi les autres décisions d'installation.

Le choix entre les trois est une question de contrat avant d'être une question de budget. Sur un contrat à prix fixe, le troisième montage n'apporte rien : le prix du réseau ne bouge pas, il n'y a rien à arbitrer. Sur un contrat indexé, le pilotage par box domotique est le seul des trois à capter les deux gisements.

Le plancher de 6 A, le surplus qui ne sert à rien

Le plancher de 6 A, limite technique invisible à l'achat, écarte une partie du surplus, et c'est la déception la plus fréquente après installation.

La norme IEC 61851 ne permet pas d'annoncer au véhicule une intensité inférieure à 6 A par phase. En dessous, la borne ne peut plus moduler : elle coupe, ou le véhicule interrompt la session de lui-même. En monophasé, ce seuil de 6 A fixe un plancher autour de 1,4 kW.

Un surplus de 800 W ne peut donc alimenter aucune charge de véhicule. Ce surplus part au réseau, quelle que soit la finesse du routeur installé. Ce plancher explique également les sessions qui démarrent puis s'arrêtent par temps changeant : la production passe sous le seuil, la charge s'interrompt, la production remonte, la charge reprend. La séquence complète d'une session détaille ce mécanisme de modulation.

Le plancher de 6 A a deux conséquences pratiques :

  • une installation de faible puissance crête produit peu de surplus exploitable pour un véhicule ;
  • une borne triphasée, dont le plancher est trois fois plus haut, se prête moins bien au pilotage solaire qu'une borne monophasée.

Combien de panneaux pour recharger une voiture

La question du nombre de panneaux a une réponse arithmétique, à une variable près.

Un véhicule qui parcourt 12 000 km par an à 16 kWh aux 100 km consomme environ 1 900 kWh. Cette consommation est le premier terme du calcul, et elle est stable.

Le second terme est la production annuelle de votre installation, en kilowattheures par kilowatt-crête. Cette production dépend de la région, de l'orientation et de l'inclinaison, et vous est donnée par l'installateur ou par un simulateur. Cette page n'invente pas cette valeur. La division des deux termes donne la puissance crête nécessaire.

Production annuelle de votre installationPuissance crête pour couvrir 1 900 kWh
900 kWh par kWcenviron 2,1 kWc
1 000 kWh par kWcenviron 1,9 kWc
1 100 kWh par kWcenviron 1,7 kWc
1 200 kWh par kWcenviron 1,6 kWc
1 300 kWh par kWcenviron 1,5 kWc
1 400 kWh par kWcenviron 1,4 kWc

Le nombre de panneaux s'en déduit en divisant cette puissance crête par celle du panneau retenu, valeur qui figure sur sa fiche produit.

Ce tableau induit en erreur si on s'arrête là. Le tableau répond à la question posée, mais il donne une équivalence annuelle et non une couverture réelle. Produire 1 900 kWh sur l'année ne signifie pas les avoir envoyés dans la voiture : encore faut-il que la voiture soit branchée quand ils sont produits. Cette présence de la voiture, objet de la section suivante, décide de la part solaire de vos kilomètres.

Pour financer l'installation photovoltaïque, deux dispositifs existent : la prime à l'autoconsommation et l'obligation d'achat du surplus. Leurs barèmes et leurs conditions changent chaque année ; vérifiez-les à la date de votre projet auprès des organismes qui les portent, plutôt que sur un article daté, celui-ci compris.

Le décalage horaire, la contrainte que le dimensionnement ne résout pas

La production culmine entre 11 h et 16 h. Ce créneau est celui où un véhicule de particulier est le plus fréquemment absent.

Trois profils se distinguent nettement : le véhicule qui reste au garage, celui qui part le matin, et le foyer à deux véhicules. L'écart entre ces profils dépasse tout ce que le dimensionnement peut corriger.

Le véhicule reste au garage. Ce profil correspond au télétravail, à la retraite ou au second véhicule du foyer. Le recouvrement entre production et présence est maximal, et le pilotage solaire capte l'essentiel du surplus.

Le véhicule part le matin, à 8 h, et rentre à 19 h. Ce véhicule ne capte rien en semaine et tout le week-end, soit deux jours sur sept. Aucun ajout de panneaux ne change ce rapport : ce qui manque n'est pas de la production, c'est de la présence.

Le foyer a deux véhicules, et l'un reste sur place. Ce cas se ramène au premier profil, à condition que ce soit le véhicule électrique qui reste.

Le dimensionnement ne décide pas de la part autoconsommée, les heures de présence si. Surdimensionner l'installation pour la voiture produit un surplus qui part au réseau les jours où elle est absente, et ces jours-là sont la majorité pour un actif.

Le dimensionnement se calcule donc sur la consommation totale du logement, chauffe-eau et appareils compris, et non sur celle du véhicule seule.

Ce que vaut réellement un kilowattheure autoconsommé

Un kilowattheure produit et consommé sur place vous évite d'en acheter un. Sa valeur est donc exactement le prix que vous auriez payé, à cette heure-là.

Sur un contrat à prix fixe, ce prix ne bouge pas. Autoconsommer vaut toujours la même chose et le raisonnement s'arrête ici. Sur un contrat indexé au marché de gros, ce prix change toutes les heures, et la valeur du surplus change avec lui.

Chez Sobry, le prix payé additionne le cours EPEX SPOT Day-Ahead de l'heure et des frais publiés hors énergie, en vigueur au 18 mars 2026.

PériodeFrais hors énergie, offre SoFlex résidentielle
Hiver, du 1er novembre au 31 mars0,1369 €/kWh TTC
Été, du 1er avril au 31 octobre0,0789 €/kWh TTC

Deux calculs, un midi d'été et un soir de janvier, suffisent à mesurer l'écart, et leurs hypothèses de cours sont posées comme telles.

Un midi d'été, à un prix spot de 2 centimes, le kilowattheure acheté revient à 0,02 plus 0,0789, soit environ 0,099 € TTC. Autoconsommer à ce moment vous fait économiser 9,9 centimes.

Un soir de janvier, à 19 h, à un prix spot de 25 centimes, le kilowattheure acheté revient à 0,25 plus 0,1369, soit environ 0,387 € TTC. Autoconsommer ce soir-là vaudrait près de quatre fois plus qu'un midi d'été.

La valeur du surplus varie du simple au quadruple selon l'heure, alors que la production solaire se concentre sur les heures où cette valeur est la plus basse. Le détail de ce que coûte un plein à domicile reprend ce calcul sur une année entière.

Quand acheter au réseau bat l'autoconsommation

Le cas où acheter au réseau bat l'autoconsommation revient à chaque printemps, et aucun comparatif solaire ne le mentionne.

Un après-midi d'avril ensoleillé, la production photovoltaïque est forte partout en France à la même heure. Le prix de gros s'effondre, jusqu'à passer sous zéro. Sur une fenêtre d'avril à juillet 2026, l'interface de programmation publique de Sobry a servi un minimum de -496,86 €/MWh.

À cette heure-là, votre surplus vaut peu : il vous évite d'acheter une électricité qui ne coûte presque rien. Injecter ce surplus et charger la voiture au réseau revient alors au même, à quelques centimes près.

L'arbitrage bascule à l'inverse en hiver et en fin de journée. Le réseau est cher, la production faible ou nulle. Ces moments sont ceux où l'autoconsommation vaudrait le plus, et précisément ceux où il n'y a rien à autoconsommer.

La conclusion pratique tient en une phrase : sur un contrat indexé, un pilotage purement solaire laisse de la valeur sur la table. Une règle qui regarde les deux signaux, la production disponible et le prix du réseau, capte les deux gisements. Cette règle fonctionne aussi les jours sans soleil. Le pilotage de la charge sur le prix horaire détaille cette règle.

Faut-il ajouter une batterie domestique

La batterie domestique est la question qui suit toujours, et elle mérite mieux qu'une ligne : elle attaque directement la contrainte centrale de cette page.

Ce qu'elle résout. Une batterie décale le surplus dans le temps. Le kilowattheure produit à 13 h, quand la voiture est absente, peut être restitué à 20 h quand elle rentre. Ce stockage est la seule réponse technique au décalage horaire.

Ce qu'elle coûte. Une batterie représente un investissement et entraîne des pertes : le kilowattheure qui entre dans une batterie n'en ressort jamais entier.

Ce que peu de gens voient. Sur un contrat indexé, une batterie a un second usage, indépendant du solaire. Elle peut se charger la nuit quand le prix est bas, et se décharger le soir en pointe. Cet usage fonctionne toute l'année, y compris en décembre où le photovoltaïque ne produit presque rien.

Une batterie évaluée sur son seul apport solaire est donc sous-estimée sur un contrat indexé, et surestimée sur un contrat à prix fixe. Sa rentabilité dépend du contrat avant de dépendre du matériel.

L'argument carbone, et ce qu'il vaut en France

Les pages sur ce sujet mettent en avant l'empreinte carbone, et il vaut mieux en dire quelque chose d'exact plutôt que d'agréable.

Un kilowattheure solaire consommé sur place remplace un kilowattheure du réseau, et le gain carbone est celui du kilowattheure remplacé. En France, ce kilowattheure est déjà peu carboné en moyenne, le mix reposant largement sur le nucléaire et les renouvelables. Le gain carbone existe, plus faible que dans un pays au mix fossile.

La moyenne masque cependant une structure, et cette structure est la même que pour le prix. Le contenu carbone du réseau français monte aux heures de pointe, quand les moyens de production les plus émetteurs sont appelés en dernier recours. Ces heures sont les soirs d'hiver, c'est à dire exactement celles où le photovoltaïque ne produit pas.

La conséquence est symétrique de celle du prix, et elle est plus honnête que les formulations habituelles : votre production remplace surtout les kilowattheures les moins carbonés de l'année. Ce qui déplace l'empreinte, c'est de décaler une consommation hors des heures de pointe. Un pilotage horaire décale cette consommation, ce que le solaire seul ne fait pas.

Croiser les deux signaux plutôt que d'en suivre un seul

Commencez par une observation qui ne coûte rien : relevez les heures où votre véhicule est réellement au garage, sur une semaine ordinaire, et comparez-les à vos heures de production. Si le recouvrement est faible, un pilotage purement solaire ne changera pas grand-chose à votre facture.

Regardez ensuite votre contrat : si le prix du kilowattheure y est le même à toute heure, l'arbitrage s'arrête au surplus. S'il varie, une règle qui croise la production disponible et le prix du réseau capte les deux gisements, et elle travaille aussi les jours de pluie.

Voir le prix du réseau heure par heure pour arbitrer

Questions fréquentes

Peut-on recharger sa voiture électrique sur une prise normale ?

Oui, vous pouvez recharger votre voiture électrique sur une prise normale avec un câble de charge dit Mode 2, limité à 2,3 kW. Pour un couplage solaire, la prise normale est le pire des montages : une prise domestique ne module pas son intensité, donc elle ne peut pas suivre une production variable.

Que se passe-t-il quand le surplus est trop faible ?

Un surplus trop faible part au réseau. La norme ne permet pas d'annoncer au véhicule une intensité inférieure à 6 A par phase, ce qui fixe un plancher autour de 1,4 kW en monophasé. En dessous de ce seuil, aucune charge de véhicule ne peut être alimentée, même partiellement. Ce plancher explique aussi les démarrages et arrêts répétés par temps couvert.

Est-il rentable d'ajouter une batterie solaire ?

La rentabilité d'une batterie solaire dépend de votre contrat autant que du matériel. Sur un contrat à prix fixe, la batterie ne vaut que par le surplus qu'elle décale, et ce surplus n'existe qu'une partie de l'année. Sur un contrat indexé au marché, la batterie a un second usage qui fonctionne toute l'année, avec ou sans soleil. Elle se charge aux heures les moins chères et se décharge aux heures les plus chères. Faites le calcul sur les deux usages, pas sur le premier seul.

Quelle surface de panneaux faut-il pour recharger une voiture ?

Le calcul passe par la puissance crête, pas par la surface, parce que deux panneaux de même taille n'ont pas la même puissance. Pour couvrir les 1 900 kWh annuels d'un véhicule parcourant 12 000 km, il faut entre 1,4 et 2,1 kWc, selon la production de votre région. La surface correspondante dépend ensuite du rendement des panneaux retenus. Rappel important : cette puissance couvre le besoin sur l'année, elle ne garantit pas que la voiture soit là quand la production a lieu.

Quels sont les inconvénients de l'autoconsommation à 100 % ?

Le principal inconvénient de l'autoconsommation à 100 % est qu'elle poursuit un objectif qui n'est pas toujours le bon. Maximiser la part autoconsommée n'a d'intérêt que si le kilowattheure évité coûte cher. Sur un contrat indexé, le kilowattheure de midi en avril ne coûte presque rien. Une règle qui refuse alors d'acheter au réseau se prive d'électricité bon marché sans gagner grand-chose. Le second inconvénient est technique : viser 100 % suppose de dimensionner large, donc de produire un surplus important les jours où personne n'est là pour le consommer.

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Écrit par
Jérémy Assayag
Entrepreneur et Executive MBA INSEAD, Jérémy accompagne les entreprises dans la transition énergétique et la décarbonisation. Fort de plus de dix ans d’expérience en achats d’énergie et finance d’entreprise, il met son expertise au service de grandes organisations.

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