Une borne de recharge installée sur un parking d'entreprise coûte deux fois : à l'achat, sur un devis discuté et amorti, puis à chaque kilowattheure délivré. Ce second coût se lit dans la facture d'électricité du site, où ce poste est rarement isolé. Le parc sert une flotte, ou retient des collaborateurs qui rechargent au travail ; dans les deux cas, il consomme tous les jours.
L'ordre de grandeur se calcule vite, avec des hypothèses posées. Dix véhicules qui parcourent 20 000 km par an à 15 kWh aux 100 km consomment environ 30 000 kWh. Ce poste permanent dépend de trois paramètres qu'aucun devis ne mentionne : la puissance souscrite du site, l'heure à laquelle les véhicules chargent, et le contrat de fourniture. Cette page traite un site professionnel, parking de bureaux, dépôt, commerce ou hôtel. Le choix d'un modèle de borne et le tableau électrique en détail relèvent d'autres pages.
Dimensionner un parc : la simultanéité, pas le nombre de bornes
Six bornes de 7,4 kW appellent 44 kW si elles chargent toutes ensemble, et presque rien si elles se relaient. La variable de dimensionnement est la simultanéité, pas le nombre d'emplacements équipés. Le parc s'inscrit dans les décisions que le guide complet de la borne de recharge pose pour tout point de charge : puissance, circuit, installateur, contrat.
Sur un parking d'entreprise, la simultanéité se mesure, et elle est plus faible qu'on ne le croit. Les véhicules arrivent échelonnés et repartent échelonnés. Les véhicules qui restent la nuit n'ont besoin d'être pleins qu'au matin. Les véhicules qui dorment au dépôt ou au domicile du collaborateur relèvent de les trois modèles de recharge d'une flotte, qui ne se dimensionnent pas de la même façon.
Le risque de dépassement de puissance a deux réponses, qui n'ont pas le même coût :
- Monter la puissance souscrite. L'opération règle le problème et alourdit la part fixe tous les mois, pour la durée du contrat.
- Installer une gestion dynamique de puissance. Le système répartit une enveloppe entre les points de charge actifs et la fait varier selon la consommation du reste du site. Six bornes fonctionnent alors sous une enveloppe très inférieure à 44 kW, au prix de sessions plus longues les jours d'affluence.
Sur une flotte qui stationne la nuit, cet allongement ne coûte rien : la fenêtre disponible est de huit à douze heures. L'arbitrage central du dimensionnement oppose deux coûts : une gestion dynamique s'achète une fois, une puissance souscrite se paie tous les mois.
Le seuil de 36 kVA, et ce qu'il change à toute la facture
Un site qui dépasse 36 kVA de puissance souscrite bascule d'une grille C5 vers une grille C4. La part fixe d'acheminement augmente, et le barème variable adopte une logique saisonnière et horaire dont l'amplitude surprend.
Sur la grille tarifaire du 18 mars 2026, nous avons mesuré quatre valeurs de part variable d'acheminement pour un raccordement C4. La saison d'hiver court du 1er novembre au 31 mars.
| Période | Acheminement, grille C4 |
|---|---|
| Heures creuses d'été | 0,0152 €/kWh HTVA |
| Heures pleines d'été | 0,0213 €/kWh HTVA |
| Heures creuses d'hiver | 0,0421 €/kWh HTVA |
| Heures pleines d'hiver | 0,0691 €/kWh HTVA |
Un parc qui charge en heures pleines d'hiver paie plus de quatre fois l'acheminement d'un parc qui charge en heures creuses d'été, avant de compter le prix de l'énergie. Cet écart existe sur tous les contrats, à prix fixe comme à prix indexé, parce que l'acheminement n'est pas fixé par le fournisseur. Cet écart d'acheminement est le premier gisement d'un parc de bornes, et il ne demande aucun changement de contrat : seulement de décaler les sessions.
L'obligation de pré-équipement, et à qui elle s'applique
Une partie des entreprises est tenue d'équiper ou de pré-équiper ses emplacements de stationnement. L'obligation vient de la loi d'orientation des mobilités, dite loi LOM, et de ses textes d'application.
Le principe distingue les bâtiments neufs ou rénovés et les bâtiments existants, deux situations détaillées sur la fiche officielle destinée aux entreprises. Un bâtiment non résidentiel neuf ou en rénovation importante pré-équipe au moins 20 % de ses emplacements, dont 2 % dimensionnés pour les personnes à mobilité réduite. Le pré-équipement signifie que les fourreaux, les chemins de câbles et les tableaux sont posés pour permettre l'installation ultérieure, sans que les bornes soient en place.
Depuis le 1er janvier 2025, l'obligation touche aussi des bâtiments existants. L'obligation vise les parkings de plus de 20 emplacements, possédés et occupés par une entreprise de plus de 250 salariés. L'entreprise doit aussi dépasser 43 M€ de bilan ou 50 M€ de chiffre d'affaires. Il faut alors au moins un point de recharge accessible aux personnes à mobilité réduite, puis un point par tranche de 20 emplacements supplémentaires. Selon cette règle, un parking de 95 places doit compter 4 points de recharge, dont un accessible aux personnes à mobilité réduite. Les autres cas se vérifient sur la même fiche, relevée le 24 septembre 2026, ou auprès de votre bureau de contrôle.
Ce que coûte l'installation, et ce que les aides couvrent
Le devis d'un parc professionnel obéit aux mêmes postes qu'une installation domestique, avec deux différences d'échelle. Le coût croît moins vite que le nombre de points de charge, parce que la colonne d'alimentation et la main-d'œuvre sont mutualisées. Le devis professionnel inclut aussi des postes absents du résidentiel :
- la supervision ;
- le comptage par point de charge ;
- la gestion dynamique de puissance ;
- des bornes sur pied là où la borne murale ne se pose pas.
Le détail figure dans les cinq postes d'un devis de borne. Au-delà de 3,7 kW, la pose par un installateur qualifié IRVE est obligatoire depuis 2017, et elle conditionne les aides.
Pour une entreprise, les aides sont minces en 2026. La prime ADVENIR ne finance plus les bornes destinées aux flottes de véhicules légers ni à la recharge des salariés. Seules les flottes de poids lourds et d'autocars restent éligibles, et la prime des professionnels de l'automobile a pris fin au 1er janvier 2026. La pose supporte une TVA à 20 %, que l'entreprise assujettie récupère ; le taux réduit est réservé aux particuliers. Le crédit d'impôt pour système de charge, lui, était réservé aux particuliers ; il a couvert les dépenses payées jusqu'au 31/12/2025 et n'a jamais concerné une entreprise.
Les aides réduisent le premier coût, celui de l'installation, et jamais le second, celui du kilowattheure consommé.
Ce que coûte l'exploitation, kilowattheure par kilowattheure
Le coût d'exploitation est le sujet que les pages sur ce mot-clé ne traitent pas, et la raison en est structurelle. Un installateur facture une fois, et son argumentaire porte sur le devis, alors que le kilowattheure se paie tous les mois pendant dix ans. Sur un parc en service quotidien, le cumul de fourniture finit par dépasser le montant de l'installation.
Sur un contrat professionnel, le kilowattheure livré additionne quatre composantes : l'énergie, l'acheminement, l'accise et les contributions, et la part du fournisseur.
| Composante | Ce qu'elle rémunère | Valeur |
|---|---|---|
| Énergie | Le prix de l'électron | Indexé sur EPEX SPOT Day-Ahead chez Sobry, ou fixé par le fournisseur |
| Acheminement | L'usage du réseau, barème TURPE | 0,0152 à 0,0691 €/kWh HTVA en grille C4 selon la période |
| Accise et contributions | Fiscalité et charges de service public | 0,02658 €/kWh d'accise professionnelle, 0,0070 €/kWh de contribution CEE, 0,0030 €/kWh de mécanisme de capacité, valeurs de la même grille tarifaire publique |
| Part du fournisseur | Sa rémunération | 0,010 €/kWh HTVA chez Sobry, marge et prime de couverture comprises, fixe et identique pour tous les clients |
La convention du secteur veut que le prix de l'électron seul s'exprime en euros par kilowattheure HTT, sans acheminement ni accise, et que les mensualités se disent en HTVA. Cette convention rend deux offres comparables entre elles. Pour une entreprise assujettie, la TVA sur l'énergie est récupérable, ce qui justifie de raisonner en HTVA ; le traitement exact dépend du régime et relève de votre expert-comptable.
Chiffrer le coût d'un parc existant tient en trois gestes :
- sortez les index du site sur douze mois et isolez les heures de charge ;
- multipliez l'énergie de chaque période par le barème d'acheminement correspondant ;
- ajoutez le prix de l'énergie de votre contrat, puis les contributions.
Le résultat de ce calcul est le coût réel de votre parc, et la seule base sur laquelle comparer une autre offre.
Pourquoi une flotte se prête au prix horaire mieux qu'un atelier
Un véhicule d'entreprise passe la nuit sur le parking et n'a besoin d'être chargé qu'au moment du départ, ce qui laisse huit à douze heures pour placer la session.
Sur un contrat indexé sur le marché, la latitude horaire d'une flotte a une valeur. Les 24 prix horaires du lendemain sont connus vers 13h, après la clôture de l'enchère EPEX SPOT Day-Ahead à 12h. Un gestionnaire de charge qui lit ces prix place les sessions sur les heures les moins chères de la nuit ou du milieu de journée. Avec ce gestionnaire, aucun collaborateur n'a à penser à l'heure de charge. Une flotte branchée à 18h sans pilotage consomme à la pointe du soir.
Le prix horaire a une contrepartie : un site dont la consommation reste concentrée sur les heures de pointe paiera davantage au prix horaire qu'au prix fixe. L'exposition au marché récompense la souplesse et sanctionne la rigidité, et une flotte est souple là où un process industriel ne l'est pas. Un plafond minimal existe sur l'offre indexée, unique sur toute l'année, appliqué sur le prix moyen mensuel de l'électron seul et jamais heure par heure. La valeur de ce plafond figure dans la grille tarifaire. Avant de choisir, comparer deux offres d'électricité pour une flotte suppose de les ramener toutes deux à l'électron seul. Une simulation à partir de la puissance souscrite du site et du kilométrage de la flotte donne l'ordre de grandeur en quelques minutes.
Refacturer la recharge : trois cas, trois régimes
Est-il possible pour un collaborateur de recharger sa voiture électrique dans son entreprise ? Un collaborateur peut recharger sa voiture dans son entreprise, et c'est le point de friction pratique numéro un d'un dirigeant qui ouvre ses bornes. Trois cas coexistent, véhicule de service ou de fonction, véhicule personnel d'un collaborateur, tiers ou public, et ils n'ont pas le même régime.
| Qui charge | Régime | Ce qu'il faut pouvoir prouver |
|---|---|---|
| Un véhicule de service ou de fonction | Charge d'exploitation de l'entreprise, comme le carburant d'un véhicule thermique | L'énergie livrée par véhicule |
| Le véhicule personnel d'un collaborateur | Avantage en nature, avec un régime social et fiscal qui a fait l'objet de dispositions spécifiques et qui évolue | Qui a chargé, quand, combien |
| Un tiers ou le public | L'entreprise devient opérateur de recharge, avec des obligations de facturation et d'information tarifaire | Chaque session, horodatée et facturable |
Pour un véhicule de fonction électrique, les frais d'électricité payés par l'employeur ne sont pas retenus dans le calcul de l'avantage en nature, selon la doctrine fiscale publiée au BOFiP. Pour le véhicule personnel d'un collaborateur comme pour un tiers, la même exigence technique apparaît : une borne communicante enregistre l'énergie et l'horodatage par session et par badge. Croisée au prix horaire du contrat, cette donnée donne le coût réel de chaque session, et non une moyenne annuelle qui ne prouve rien. Cette page ne tranche pas votre cas : réunissez la donnée technique, qui est de votre ressort, et faites qualifier le régime par votre expert-comptable.
Chiffrer votre poste recharge avant d'ajouter des bornes
Le coût réel de votre parc existant se calcule depuis vos index et le barème de la grille. Ce coût réel vous donne la base de comparaison avec une offre indexée au marché, ramenée à l'électron seul. Il transforme aussi un devis de bornes supplémentaires en décision documentée, au lieu d'un montant d'installation jugé seul.
Pour confronter ce coût réel à un prix horaire avec vos propres données, simulez l'offre Sobry à partir de la puissance souscrite du site et du kilométrage de votre flotte. La simulation est gratuite et sans carte bancaire.


